"Danube!"                                                                          N°326  

http://www.chickenflu.org/ Commençons par là ce jour: le poulet! Si la question de la volaille me vient à l'esprit c'est parce qu'un collègue de travail part en vacances la semaine prochaine dans le Delta du Danube, en Roumanie sur les bords de la mer Noire. Par le car, Rennes-Delta du Danube, une ligne régulière directe! Qu'il me le dise provoque immédiatement chez moi une image, un surgissement. Un surgissement, un écho: la grippe aviaire et le virus H5N1!

Qui ne se souvient pas de la psychose qui avait recouvert l'Europe en 2005, occasionnant l'abattage d'un gros paquet de volailles de cette région, suspectées d'avoir contracté le virus de la "grippe du poulet". Leur tort était de se trouver à l'endroit reconnu foyer d'influenza aviaire (autre nom donné au virus) à l'époque, puisque le Delta abrite quatre millions de canards et quatre millions d'oies domestiques. On se souvient tous des images de ces volailles que possédaient les braves gens du coin désemparés d'apprendre que leurs compagnons de tous les jours avec lesquels se partage la vie depuis toujours, ces volailles élevées en plein air étaient dans l'oeil du cyclone: "Sans les contrôles sanitaires! Pas normal!". Principe de précaution: zigouillées! Or, les faits scientifiquement avérés ont résisté à la propagande panique.

On s'en souvient les médias attiraient alors nos regards vers les oiseaux migrateurs en provenance de la Sibérie qui se dirigent également vers la Méditerranée ou d'autres régions. Il y avait des ennemis partout puisque tout ce qui aurait pu être contaminé par ce virus hautement pathogène, allait être escofié sur le champ compte tenu de la dimension nomadique et voyageuse du virus. Principe de précaution: pas d'exceptions locales ou des choses en dissidence.

Grands bobards de l’idéologie du profit. Résultat des courses avant même l'éclatement de la bulle des subprimes, et que la spéculation financière se soit branchée sur les matières premières et l'alimentation: deux multinationales contrôlent aujourd'hui la production mondiale des oeufs. Avec garantie pour le consommateur, le respect des normes d'élevage et de conservation..."300 nano-aliments et leur toxicité qui circulent dans nos boyaux, des poulets-machine réduits à vivre 38 jours pour transformer 1,6kg de fourrage en 1 kg de poids vif" (Hannes Lammler).

Pire: l'économie a d'emblée barré la voie à tout souvenir comme à toute culture historique: c'est quoi un poulailler? c'est quoi un oeuf? c'est quoi l'éclosion? c'est quoi de nos jours le vivant sous ses aspects olfactifs, tactiles, auditifs? c'est quoi le goût? Ce qui peut être formulé en termes de privatisation par le capitalisme de ce qui doit être le bien de tous. Le commun de la nature nous est pris. Le commun de la biogénétique est potentiellement privatisable. On se fait couper l'herbe sous le pied!

Dans les fermes, les poules et poulets, les canards et oies domestiques partageaient ici il y a encore deux décennies, l'existence des gens; ailleurs, ça reste simple comme bonjour, ça va et vient parmi les hommes, sans formalité sanitaire particulière ni pièce d'identité baguée à la patte.

Une anecdote qui m'a été racontée par Jean-Pierre et Françoise de Lieux-dits: la poule de Jean! Elle s'appelait Marguerite sa poule. Bien nommée d'ailleurs car ça ne va qu'aux poules ou aux vaches -j'en connais!- un prénom comme ça. Mais un jour l'imbécile s'est mise à picorer une braise du foyer, ça lui a brûlé le bec. Du coup, Jean s'est mis à la nourrir à la purée! Relations affectives entre un vieux célibataire, un drôle d'oiseau au regard malin, et sa poule à bec fondu.

  D.D

 

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