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Terre. N°313 S'il est un personnage important pour nous ici c'est Jean Malaurie, ce très grand explorateur du Grand Nord Arctique, défenseur ardent et lyrique du peuple autochtone Inuit, très grand éditeur avec la collection Terre Humaine qui "a été fondée très précisément à Thulé en juin 1951, quand une base américaine nucléaire a surgi dans une société de 302 hommes et femmes hyperboréens vivant à l'âge du phoque. Cette création, qui a été faite sans consulter la population, a soulevé l'indignation du témoin solitaire et étranger, et à un point tel que toute ma vie je protesterai contre ce mépris d'un peuple parce qu'il est le plus faible." "Mon but actuel est de m'employer à chercher par tous les moyens à éviter que tous les peuples dits "premiers" de la planète ne soient par nos actions dominatrices condamnés à n'être que des peuples derniers. Nous sommes de cyniques conquérants. C'est toute l'histoire de nos grands empires anglais, français, hollandais ou russe; et par la voie du néo-colonialisme, le peuple américain, et demain le peuple chinois, veulent nous transformer en clients et en sujets de leurs empires virtuels. La mondialisation des cultures est un malheur, la diversité des cultures est la condition sine qua non d'un approfondissement de l'intelligence de l'humanité. Non seulement nous nous autodétruisons dans notre pensée multiple, mais nous participons à la destruction de la planète. Les prévisions à la Georges Orwell ne sont pas dénuées de sens. Je suis fasciné par le destin du Capitaine Nemo. Nous devons rechercher chez les peuples premiers les moyens de notre sauvegarde." dit-il de lui. Dans un très court livre de 62 pages à 4 € qui vient de paraître, Terre Mère (CNRS Editions), Jean Malaurie évoque de nouveau tout ce qui menace le monde: "Nous sommes des veilleurs de nuit face à une mondialisation sauvage, à un développement désordonné. Si nous n'y prenons garde, ce sera un développement dévastateur. La Terre souffre. Notre Terre Mère ne souffre que trop. Elle se vengera. Et déjà les signes sont annoncés." A 86 ans aujourd'hui, il y écrit ceci: " Il se trouve que je commence seulement à prendre vraiment conscience des raisons tacites qui ont motivé tout à la fois ma volonté de partir dans le Grand Nord et de celles qui ont eu, pour conséquence, ma relation aussi mystérieuse que spécifique avec les Inuit. Un esprit primitif relégué au plus profond de ma pensée et qui a été éveillé par sa découverte d'un peuple, le plus septentrional de la Terre, à l'écart des grands courants de l'histoire de l'humanité et disposant d'un code mental, d'un sens de mathématique naturelle en quête d'un ordre caché. Ils sentent avant de penser. Hommes naturés, ils privilégient l'instinct. Ils pressentent, prévoient, prédisent la vie, la mort, le monde en vertu de quelque communion aussi mystérieuse que simplissime." Plus loin, "Je suis, sans aucun doute, un des derniers témoins étrangers -sinon le dernier- de cette société Inughuit de Thulé, allègre, créative, si heureuse de son destin dans un des lieux les plus singuliers et mythiques de la Terre et dont j'ai partagé la vie avant que ne soit créée, au coeur de son territoire, cette base faustienne. Et il est des sanctions pour les transgressions d'esprit luciférien. Le 21 janvier 1968, un bombardier US s'est écrasé à quelques kilomètres de Thulé sur la banquise, en pleine Nuit polaire, avec quatre bombes H pulvérisant ses eaux de lithium, de polonium et contaminant les glaves éternelles. Au moment où j'écris, une de ces bombes H continue de hanter la grande mer septentrionale. Elle demeure introuvable, portant comme un signe de mort, d'autant plus terrible qu'invisible, sur toute la destinée de l'homme." "La Terre souffre. Notre mère gronde. Elle rugira, demain, de colère." Ce livre, c'est un cri. Documents vidéo: D.D |
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