Evénements symboliques à nos yeux majeurs de ce cul de l'an : la révolte des Argentins et la révolte des réfugiés de Sangate... aux portes verrouillées de l'Europe. Les Argentins ont pris d'assaut les centres commerciaux et ont jeté dehors leurs dirigeants politiques. Ce peuple capable de donner un écrivain de la taille de Borges à la littérature mondiale, sans compter quelques autres et le tango, ce peuple a donné naissance à une des pires perversions politiques : le populisme, variante Peron, manière de flatter les pauvres en leur faisant supporter fièrement leur statut de sans chemise pendant que les possédants vivent crapuleusement à Montevideo, en Europe ou aux Etats Unis en ayant pillé les richesses produites puisque le pays lui-même est né du pillage d'un souscontinent conquis il y a cinq siècles. Mais cette caricature de capitalisme, à la fois brillant et bestial, a la révolte collée à la peau : pillages et violences, sans compter les comptes à régler avec la dictature des militaires... J'ignore comment les choses évoluent et évolueront mais au moins la rébellion a eu lieu, elle est donc possible. Sangate, c'est plus près, le geste de quelques centaines de réfugiés clandestins qui tentent de prendre d'assaut l'entrée du tunnel sous la Manche : quelle image ! Quel symbole du non sens de ces frontières protégées, de la contradiction absurde qui précipite les victimes du pillage occidental vers le pays du maître, censé être une terre de cocagne, un refuge accueillant. La France a les siens, venus de son ancien empire ; la Grande Bretagne attire les preuves vivantes de son passé impérial à sa façon. Entre les deux, un tunnel, des législations, un centre de rétention et, heureusement, la rébellion, sans issue immédiate, certes, mais qui signifie que la servitude volontaire peut être niée. On peut lui dire non. L'enchaînement des actualités peut conduire à placer bout à bout des événements de portée disproportionnée. Ainsi la révolte continue, pugnace, des populations exténuées de Palestine, bantoustanisées par la politique bestiale des dirigeants israéliens. Ainsi ces éruptions de plaies et pus urbains qui se produisent par exemple à Vitry où de forts groupes se révoltent et s'en prennent violemment à la police à la suite d'un hold-up mis en échec et qui se solde par la mort d'un des truands. Que cela nous plaise ou non, et cela peut ne pas nous plaire, il faut faire avec ces enchaînements de rhapsodies baroques d'événements qui scandent la crise de nos sociétés où aucune autre perspective ne s'offre à ceux qui rêvent d'un autre monde que la haine, le culte de la mort, la soumission ou bien, ou bien, ou bien la résistance par le livre, l'espoir que le rhizome fera son chemin. Et 2002 dans tout ça
? Résister, cultiver la rébellion, même infinitésimale,
passe aussi par toutes les fraternités : au fond, la pratique
des repas collectifs amicaux ou familiaux, libres, cette pratique,
au-delà de sa marchandisation, de son " packaging "
télévisé, de sa débauche de faux luxe
frelaté, cette pratique sociale, donc, renvoie à la
civilisation du partage, à celle qui contredit la domination.
Bonne année à nous, que le cul pèle à
nos ennemis, à la croyance, à la dévotion,
aux religieux de tous ordres ! Voilà un voeu qui devrait
nous donner un peu plus d'émotion que le passage à
l'euro, cet ersatz d'Europe.
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