Témoins de son temps. N°243 Les nouvelles que nos amis nous amènent du monde ne sont pas bonnes. Au menu des conversations à table ces jours-ci: la démocratie. D'abord avec Victor du Congo qui, chaque année à la même époque, est accueilli chez notre amie Françoise de Lieux-dits; puis, avec Dorin de Roumanie de passage à la maison, cette semaine. L'équation est simple, c'est la même de Kinshasa à Bucarest : démocratie= corruption. Constat sévère pour des démocrates qui ont vécu sous l'ère: tyrannie= corruption. Désillusion totale sur la politique, qui reste au coeur de leurs propos, quand ils témoignent des difficultés croissantes pour vivre dignement, avec des systèmes de santé comme d'éducation en perdition, exploitation outrancière des hommes et des matières premières, délocalisations, spéculations boursières, accroissement des inégalités sociales, etc, aux quatre coins de la planète, comme si la planète avait des coins. "Partout de maffieux, des escrocs et des politiciens verreux, corrompus jusqu'à la moelle épinière." dit Dorin qui, contre un peu de monnaie, peint à merveille le ciel, les fleurs et les arbres. Témoins l'un l'autre d'une époque qui se fait sous leurs yeux. Témoins d'"autres cieux" (comme aime à le dire Victor qui voyage beaucoup pour témoigner et demander l'annulation de la dette des pays pauvres), ici, en ce qui nous concerne: d'un pays riche qui se développe sur le modèle Las Végas, autour des galeries marchandes et des parcs d'attractions, qui mélange séduction commerciale et imaginaire enfantin avec l'opium spectaculaire et télévisuel. Modèle hégémonique qui déboule dare-dare dans nos campagnes aussi ici -voir maintenant en périphérie rennaise- après les déserts californiens. Voir l'organisation urbaine des villes périphériques sans centre ni délimitation précise, infra-structurée sur une mer de béton et bitume qui laisse s'épanouir des architectures thématiques (complexe de salle de cinémas, boowling, restauration rapide, etc...) construites autour de l'automobile (signalisation, facilité d'accès aux bâtiments bordant les routes, gestion du trafic, etc...je pourrai développer si le souhait se fait sentir, car je suis du métier). Bref, nous sommes ici barrés vers le divertissement. Effrayante perspective. Modèle qui broie tout événement humain en ne laissant absolument rien intacte. Le tout dirigé vers une fin: le profit de quelques-uns. Quand en Afrique ça pille les matières premières (diamant, pétrole et autres richesses locales...), ici ça pille les biens publics vendus en tranche sur le premier marché du CAC 40, et l'imaginaire de chacun, ou bien ça les vole comme en pays de l'Est; toute promesse de gisement lucratif dictée par des motifs consuméristes est ainsi pillée à qui mieux mieux. L'objectif? faire vendre sur le champ pour satisfaire le désir volatile de posséder que les publicités suscitent. Qu'attend l'électeur de la démocratie ici, à six mois des présidentielles, sinon -c'est à craindre- de se choisir un barreur (voyez la référence Course du Rhum!) qui promet le mieux cette future normalité. Pour ainsi accéder au monde standard, y compris d'échange standard de Président, en toute sécurité par pièce adaptable. Par un formatage généralisé, la création d'une sorte de "race d'esclaves"...? Témoins de son temps...Après ce bref rapport -sombre très sombre- vous vous avancez jusqu'à la balustrade. Ou bien montez sur une chaise d'un studio de radio. Qu'importe. Hurlez, mais hurlez votre opinion, votre opinion inébranlable. Mais peut être que vous ne voulez pas cela, que cela ne correspond pas à votre caractère, peut être que dans notre pays on se comporte différemment en pareille situation, voilà qui est très bien aussi, voilà qui suffit parfaitement, ne vous levez pas, dites seulement quelques mots, chuchotez-les de manière qu'ils soient juste entendus de vous seul. Ecrivez-les sur une petite feuille et tendez-la au voyageur. Ah! oui, j'oubliais, voilà c'est plus moderne, faites-en une chronique sur internet. D.D |
...![]()