"Seule la forme conserve la vision.". L'été a été. L'été se tait. Voici venue la reprise. La reprise en côte et l'âme dans les chaussettes. Passons! Alors ici à la radio, pour la reprise faisons le point. Ce qu'écrit Chris Marker, cinéaste: "Dans chaque maison du petit village où j'habitais (au Mexique), la radio hurlait du matin au soir pendant que son propriétaire travaillait aux champs. Elle était là pour être, pas pour être écoutée, comme un feu dont le seul propos est de brûler; pas de réchauffer ni d'éclairer..." ...comme une flamme, libérée de l'anecdote et de l'émotion qui permet à l'auditeur de capter quelque chose de la flamme perpétuelle pour rêver à ses propres aventures, se projeter son film imaginaire dans sa musique intérieure...Autrefois chez beaucoup à la campagne, et c'est encore vrai chez certains que l'on connaît, il n'y a pas de radio, mais le feu est allumé dès le matin, été comme hiver, ni pour réchauffer dit Chris Marker, ni éclairer, ni cuire quoique ce soit, pour être. Alors la radio, remplaçant tour à tour la vivacité des flammes et le rougeoiment des braises? Voilà, tout simplement pour être. Pour donner l'apparence d'une présence accueillante, pour habiter un lieu. Pour nous, l'idée de ceci et de cela nous convient. Avec en plus ce souci de participer aux gesticulations verbales de la démocratie du savoir, qui se dissolvent en apparences. Etre tout bonnement là. Comme crépite un feu. Avec sa forme sonore -qui crachote. Sa couleur, son parfum. Un peu en dehors et complètement présent. Allumée, il vous arrivera de tendre l'oreille à ce qui se diffuse depuis son écrin de verdure, car ce qui y est dit n'est pas dit ailleurs...Ce qui y est dit vient de partout, et particulièrement de toute part, de petits villages (du Mexique par exemple) ou des cités à part, de ces cités de partout et de ces gens qui en partent. Son accent de bric et de broc est peu celui du local miroirs-tiroirs entouré d'autres miroirs-tiroirs à n'en plus finir, mais plutôt ressemble-t-il à celui qui s'arrache du local en lui désobéissant. La désobéissance du réfractaire, substance sensible qui parie sur la parole qui en naît. Sans concéder un minuscule arpent de lune ou de brumes, de fougères, de sureaux, de genêts, de houx, de lichens, ou de feuilles de chêne, la radio maintient depuis son origine sa manière d'être, d'être là: ouverte au monde -pas confondre avec "...sur le monde". Les sons qu'elle diffuse de son arbre à musique, sont ceux du monde; sa forme, comme la flamme qui crépite toujours là en mouvement, lumière bleutée, ombre diffuse, musique et danse. Raymond Depardon, grand photographe rendant hommage à Cartier-Bresson, cite cette réflexion d'Heidegger "Seule la forme conserve la vision." Belle devise à l'orée du bois. Toujours à propos du 50mm de Cartier-Bresson, il poursuit : "C'est un objectif qui donne de l'air au cadre, permet de montrer où est le photographe et où est le photographié. Il dit aussi que c'est l'inconscient qui décide parce que le conscient est con. Et il empêche de tomber dans le cliché, le stéréotype de la misère comme celui de la jolie fille."...". Si le photographe n'impose pas une forme, il rejoint l'avalanche d'images vite oubliées. C'est le problème de beaucoup de reporters : trop de sujets, peu de forme."..." Quand on est trop dedans, on ne voit plus rien. Il faut se méfier des bonnes intentions. C'est facile de s'approcher, mais savoir reculer. " Appliquer cette réflexion sur le 50 mm à la radio, avec pour gouvernail le plaisir, j'en rêve. Pas facile. De toute façon elle ne se trouvera dans aucune autre boutique. Enfin il existe cette expression de "courir comme une flamme". C'est pas mal. Réellement c'est pas mal. Se dire que cette vision captée par l'ouïe fait son chemin seule. "Cesser de s'imaginer qu'on s'approprie la nature." dit Michel Serres. S'il recommande de "Ne pas en croire ses yeux", dans son livre "La flamme d'une chandelle", Gaston Bachelard nous parle de "La flamme est un monde pour l'homme seul...", puis "la méditation de la flamme a donné au psychisme du rêveur une nourriture de verticalité, un aliment verticalisant...une nourriture aérienne...", et encore "La flamme, détermine une accentuation du plaisir de voir, un au-delà du toujours vu. Elle nous force à regarder." Alors, remplacer flamme par radio et voir par entendre et c'est le même registre..."Le monde va vite, le siècle s'accélère, dit encore Gaston. Le temps n'est plus des lumignons et des bougeoirs. A des choses désuètes ne s'attachent plus que des rêves périmés"...alors réactualisez nos rêves m'dame Univers 99.9 !!! DD |
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