Outil de gestion.                                                                N° 205     

Aujourd'hui nul ne peut contester que le seul et unique langage qui circule est celui de l'économique, rien n'y échappe, et c'est clair que moi-même j'en ressors pas indemme...De vous à moi seul l'économique nous relierait évalué par l'équation du "combien me rapporte l'argent que je dépense", la réduction des relations sociales à un jeu d'intérêts. L'utilitarisme.

Une démultiplication des possibilités de puissance qui engendre un nombre infini d'autres possibilités de puissance nous mène par le bout du nez sans qu'aucun ne sache à ça mène, sinon à coup sûr à une exploitation sans cesse effrénée d'une nature qui n'en peut plus de se tarir, dont la destruction nous éloigne toujours un peu plus d'une société réellement humaine et décente.

Qu'advient-il à l'être humain qui peut cligner des yeux pour ne pas voir, mais jamais fermer les oreilles, qui, cloué dans une salle parmi 600 autres collègues à l'écoute durant les 4 heures de présentation sur grand écran de la ré-organisation départementale de son administration d'Etat, n'aura jamais entendu évoquée cette notion de service public dont il est sensible. Pas plus, pas mieux il ne lui sera explicité le "mais à quoi ça sert?" Pas plus, pas mieux qu'il ne fut invoqué le soit-disant Progrès...fut-il destructeur de solidarités anciennes au nom d'une "modernité" perpétuellement ressassée. Pas plus pas moins qu'ils iront pisser, tous zemboîtés à leur siège à mariner dans leur vague solitude...d'inutiles.

Le langage des présentateurs-directeurs-exécuteurs de basses oeuvres? formaté. Les mêmes mots les mêmes costumes les mêmes tronches la même blancheur de Pinocchios formatés. Frais collés, y a encore l'odeur de prototype de l’homme porteur du message Zéro."Si vous avez des questions, n'hésitez pas nous sommes là pour çà!". Des questions il y en a eu quelques unes. Mais l'assistance resta muette. En décalage? J'espère...Ou aujourd’hui dématérialisée dans les réseaux électroniques d’accès codé. A preuve, même plus envie d'aller pisser! Ni de se délester de quelques ankyloses. Vitrifiée?

J'ai la dent dur à l'égard des collègues, mais moi-même je me suis retenu comme happé par une impuissance. Dans le train de retour de cette séance collective d'inhumation d'un service public l'on me rend compte de la mise en place d'un nouveau logiciel ultra-performant dit "outil de gestion" qui permet de suivre en temps réel le travail du personnel d'un autre service de l'Etat en grande ré-organisation-privatisation qui sous couvert de connaître le temps consacré à traiter tel dossier, donc son coût, permet entre autres renseignements de suivre comme Big Brother l'ensemble des agents, du pointage du matin (ouverture du micro) au pointage du soir (sa fermeture). Avec un regard inquisitorial à distance sur tout aller et venu informatique depuis son ordinateur. Si pointer à la pointeuse unique placée à l'entrée est considéré perte de temps, pointer à l'ouverture du micro c'est toujours ça de gagner pour les caisses de l'Etat, il semble effrayant de constater que le monde de surveillance, propagande et manipulation décrit dans ce livre fantastique 1984, le roman de Georges Orwell se soit en quelque sorte concrétisé: "le télécran recevait et transmettait simultanément. Il captait tous les sons émis par Winston au-dessus d'un chuchotement très bas. De plus, tant que Winston demeurait dans le champ de vision de la plaque de métal, il pouvait être vu aussi bien qu'entendu. Naturellement, il n'y avait pas moyen de savoir si, à un moment donné, on était surveillé."

Quelle vision pour un bouquin écrit en 1948! "Rassures-moi ça touche que les fonctionnaires?" -j'imagine la question. Dans un premier temps oui, c'est juste en train de commencer sous forme électronique (ordinateurs, GSM, RFID...). Faut bien voir que les ordinateurs étaient perçus comme des instruments de renforcement des organisations publiques, notamment dans l'exercice de leurs fonctions de contrôle, dans les matières fiscale et policière.

Dans 1984, le roman d'Orwell: "Il y aura toujours, n'oubliez pas cela, Winston, il y aura l'ivresse toujours croissante du pouvoir, qui s'affinera de plus en plus. Il y aura toujours, à chaque instant, le frisson de la victoire, la sensation de piétiner un ennemi puissant. Si vous désirez une image de l'avenir, imaginez une botte piétinant un visage humain...éternellement."

Orwell achève le roman avec l'emblèmatique conclusion: "La lutte était terminée. Il avait remporté la victoire sur lui-même. Il aimait le Big Brother."

Passons à la lecture des mels. Bonheur! En voici un qui, concis et direct, dit l'essentiel: "alors surtout n'arretez pas de diffuser ce que vous faite!!!!!! Il est si rare de nos jours de trouver une radio où il y a de la MUSIQUE!!". Son auteur se reconnaîtra, nous le remercions. Pensée musicale, en quelque sorte.

 D.D  

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