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Voeux. N°302 Tu vois "Le Petit Chose", on aurait parié qu'on ne te connaissait pas. Toi qui fixe la mise et fait du bruit. On connaissait seulement ton apparence: grande gueule, talonnettes et dents acérées, dégaine de maffieux amoureux du flux de l'argent fou, mou à l'égard des puissants, dur à l'égard des faibles, rolex pour marquer le tempo. Et puis voilà qu'un soir de Saint Sylvestre, temps des voeux creux à la nation, tu te révèles tel que tu es. Ton nom nous est revenu comme ça, s'est imposé de lui-même, un vieux nom à se détruire les nerfs: Couvre-feu! Les lumières de la société, de la ville proprette au bord du lac, du village dans le brouillard, ont cessé d'indiquer à ceux qui sortent ces soirs là que plus aucune maison n'existe accueillante, que plus aucune personne ne se tient prête à recevoir, que plus aucun refuge n'attend quiconque un soir de 31 décembre hors soirée privée où entasser du fric est le seul horizon qui vaille. Pas même une silhouette familière, un visage aimé nous apparaissent fugitivement. Ceux qui errent à cette heure, ceux de la rue, du boulot, du stade, du squatt, de la fête, du dimanche tous les jours, du soleil, du cinoche, et ceux qui comme moi ne veulent pas se la fêter entre soi mais de l'un à l'autre, ou ceux encore aux soucis d'argent, aux épreuves de famille, aux drames de santé, aux péripéties de l'amour et de l'amitié, comment et où se la souhaitent-ils alors la "Bonne et heureuse" quand ils ne trouvent plus aucun repos, aucun répis, aucun secours, aucun réconfort, aucune chaleur humaine, hospitalière, généreuse? Tous "exclus"! Le vide sidéral du 31 décembre illuminé des guirlandes de Noël. A vrai dire ils ne sont plus guère nombreux ceux et celles qui cherchent à se la souhaiter populaire, fraternelle, égalitaire, aventureuse, la "bonne et heureuse". Alors ceux à qui cela a encore un sens dérivent aux alentours quand les autres s'éteignent à petit feu dans leur camisole sécuritaire du chacun chez soi, tel un organisme foetal baignant dans un fluide pré-natal... Peut être que tour à tour, chacun d'entre nous prend son rang dans cette infortune nomade qui nous brise le corps car cela s'en prend à la dignité de chacun. Ce qui rend la vie digne d'être vécue est aussi de l'enrichir par l'ouverture à l'autre. Tenir ensemble en s'insérant dans un temps public, et un monde public, en abandonnant son temps propre, partager la joie du moment, bref ce qu'il faut pour créer un monde doté de "sens", dit autrement: ce qui permet à une société de survivre. Les "bonne et heureuse" se finissent dans un monde supervisé où certes nous vivons en toute sécurité, sans souffrance, mais qui est "un monde assommant dans lequel, pour l'amour de son but même -une longue vie hédoniste-, tous les plaisirs réels sont interdits ou sévèrement assujettis au contrôle (cigarettes, stupéfiants, nourriture...)" (Slavoj Zizek). D.D |
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