Le mot c'est quelque chose. "Aristote comprend la vérité comme "déclosion" de l'être vrai, de l'être simple. Il comprend la vérité comme essence de la liberté humaine" dit Martin Heidegger, ce philosophe allemand qui, dans les années soixante, organisa des séminaires chez René Char, poète et grand résistant français dans le Vaucluse. Compte tenu de son passé de compromission sous Hitler, parler en bien d'Heidegger est maudit. Pourtant sa pensée est un monument: l'impensé qui fonde et porte toute l'histoire occidentale. Heidegger commente un moment cette formule "La rose est sans pourquoi. Elle fleurit parce qu'elle fleurit." D'où il s'agit d'assumer sa finitude -le fait d'être temporel et mortel. Ainsi selon lui "les principales structures de l'existence sont: -la temporalisation: exister c'est se transcender vers les trois dimensions temporelles: passé, présent, avenir; -la déréliction: conscience d'être jeté dans le monde, être pour mourir, abandonné sa contingence; -l'angoisse: situation affective d'être jeté devant le néant; -le souci: anticipation de soi-même, tension vers ce qu'on a à être. Avec lui s'efface l'angoisse car il donne un sens à la vie de l'homme, l'impression d'exister avec une certaine plénitude dans le temps." Lumineux. Bref je traduis Martin (c'est ainsi que le désigne Derrida) comme je veux: contrairement aux idées reçues, c'est ce qui n'est pas pensé qui vit, pensons à ça ! Si je me trompe, faites un signe. Je vous dis tout net la philosophie aide à vivre. La plupart des philosophes l'ont dit. Jankélévitch disait: "On peut vivre sans philosophie, mais tellement moins bien !" Bref pour vivre comme on l'entend. Librement. Intensément. En se dégageant, l'écart. Mais attention! Rien sans effort. Cela ne guérit rien non plus, faut pas croire. Quelque fois, c'est rude. Car une vérité qui rend triste vaut mieux qu'une illusion bien roulée qui console. Il n'y a que la vérité qui sauve ont dit ces philosophes, tous. Ceci-dit il n'y a pas de guide à suivre, pas de routard avec mode d'emploi, de formule magique, tout est question d'effort et de plaisir, à lire, à écouter, en général à s'étonner. Comme la vérité exige la lucidité, l'exercice renvoie à soi... Quelques conseils quand même. Quand Epictète parle ainsi:"Supprime l'opinion fausse, tu supprimes le mal.", le conseil est bon. Epitecte d'ailleurs abonde en exemples rudes "Te voilà triste, dit-il, parce que tu n'as pu occuper au cirque cette place désirée, et que tu crois qui t'est due. Viens donc, le cirque est vide maintenant; viens toucher cette pierre merveilleuse; tu pourras même t'y asseoir." Le remède contre les peurs et les sentiments qui te bouffent la tête, est de voir ce que c'est. Et puis il y a les mots. Le mot c'est quelque chose. Il véhicule des normes sociales. En nommant des tabous et des injures, il blesse. Il voile aussi souvent. Il utilise et masque. Mais son statut est temporaire -voir tous ces mots périmés ou qui ont été recyclés; et ceux qui déboulent on ne sait d'où dans le langage de tous. Il ouvre aussi beaucoup. Il aide à faire tomber les tabous. Allez pour le moins, question vérité, comme l'on danse lors des soirs de mariage, en s'agitant vacillant au-dessus des tables, "Et on fait tourner les serviettes Comm' des petites girouettes Ca nous fait du vent dans les couettes C'est bête, c'est bête Mais c'est bon pour la tête", puis dans la foulée tant qu'on est effervescent "Y a là des bandits qu'ont des têtes de cailloux Ceux qu'ont des sentiments autant que les voyous Attendent qu'on allume un méchant boucan Et que surgissent de la scène des volcans Et c'est là: Qu'on a tombé la chemise tomber la chemise...", sur ces airs populaires échauffés, il suffit en douce d'y coller le mot "tabou" pour susciter en milieu codé et coeur sec un peu d'éclairage sur un visage ami. DD |
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