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Des amis viennent de m'apprendre à pêcher. A pêcher au lancer, à pêcher des jetées des ports et des criques. De quoi je leur en sais bon gré. Et dans cet art de tendre l'hameçon, il est aussi utile de bien savoir borner le mouvement de la lune. A défaut d'attirer le bar convoité malgré les volutes de la cuillère bigarrée qui opine, sans quitter mon effort, ai-je été tenté de monter tout un attirail en mitraillette de pensées, d'images, d'hyperboles. Imaginant par là grace à ce bout de fil tournoyant à dévider tant qu'on veut, lancer des signaux singuliers à cet océan indifférent aux mille mots des hommes. Les oreilles battues par mille vents, les jambes endormies, la main moulinante et remoulinante, la force ardente du soleil dévorant la peau, confèrent à cette partie de pêche une coupure franche m'isolant temporairement du rythme hebdomadaire que requiert cette chronique sensée être de tous les jeudis .

Sa mise en ligne présente une certaine similitude avec la pêche. Qui pêche qui, qui repêche qui ? Cette chronique, cette rengaine hebdomadaire, qui se fabrique in vivo, je la lance ainsi bien au large, cherchant l'appui de l'air, car il n'est air, qui se hume si goulûment, qui s'épanche et pénètre, que l'air du grand large. Mais l'océan numérique apparaît tout autant indifférent aux mots des hommes. Au couches de mots. Mais la coupure est telle que ce n'est pas tout.

Flâner. Flâner à Paris qui se hume si goulûment. Poésie libre des quartiers battus par mille âmes. Et mille anachronismes...pas indifférents au mille mots des hommes dissemblables. Poésie capitale qui se fabrique in vivo dans les bars bigarrés, capsules énergétiques qui transforment le négatif du quotidien de la vie en positifs multiples à la recherche d'être heureux. Brassage non par les vagues pâles du grand océan indifférent, mais brassage par les visages-couleurs qui se regardent, qui reconnaissent en l'autre un brin de soi. Imaginant par là grace à ce bout de vie tournoyant à dévider tant qu'on peut, se lancer à soi-même des signaux singuliers qui changent un bref instant sa vie, de la façon la plus agréable possible.

Méditer sur l'ensemble de ce qui se montre, qui s'offre à tous les regards et dont chacun peut parler. S'en remettre paisiblement à cette vérité: l'avenir est inanticipable au-delà du court terme. Des amis viennent de me ré-apprendre à flâner. De quoi je leur en sais bon gré.

En bref, dans une ligne de pensée qui mène à faire toujours ce que l'on peut faire de mieux -et en vivant sans aucun stress, mais pourtant sous haute tension. Encore faut-il que l'on sache revenir à ce que l'on est, et de ne pas laisser ses intuitions profondes être étouffées sous des couches de mots.

 

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